NOTRE VÉHICULE CORPOREL

 


 

NOTRE VÉHICULE CORPOREL

(source : IA Vedanta)

 

Notre corps humain est bien plus complexe que ce que nous pensons bien souvent. Il n'est pas qu'un simple corps physique, que nous percevons au travers de nos cinq sens. Dans le Vedānta, il est appelé « jiva ».

Voici une description précise :

SA STRUCTURE 


1. Le Corps Physique (appelé aussi : corps grossier)

C'est notre corps de chair, celui que nous pouvons voir et toucher.

DE QUOI EST-IL FAIT ?

Il est l'assemblage des cinq éléments grossiers : l'espace, l'air, le feu, l'eau et la terre.

QUELLE EST SA FONCTION ?

Il est notre « maison », notre « adresse » dans le monde. C'est l'instrument à travers lequel nous expérimentons le plaisir et la douleur. Il abrite les cinq organes de perception (yeux, oreilles, etc.) et les cinq organes d'action (mains, pieds, etc.).

QUELLES SONT SES CARACTÉRISTIQUES ?

Il est inerte. Sans la conscience qui l'éclaire, il n'est pas plus vivant qu'une chaise.

Il est périssable par nature et subit six modifications inévitables :

·      Il existe (dans le ventre de la mère)
·       Il naît
·       Il grandit
·       Il mûrit (et change)
·       Il décline
·       Il meurt

Nous pouvons en faire l'objet de notre connaissance. A ce titre, nous pouvons observer sa taille, son poids, ses sensations. Ce que nous pouvons observer n'est pas Nous, l'observateur.

  Le corps physique, plus en détail


2. Le Corps Subtil 

C'est notre instrument interne de perception, de pensée et d'action. Il est "subtil" car invisible aux sens du corps de chair. On l'appelle souvent « le mental ».

DE QUOI EST-IL FAIT ? 

Il est constitué de cinq éléments constitutifs subtils (avant qu'ils ne deviennent grossiers), se compose de quatre fonctions principales :

— Mental : 
C'est la faculté de douter, d'émettre des souhaits et de ressentir des émotions (comme la joie ou la tristesse).

Intellect : 
C'est la faculté de décider, de discriminer, de comprendre et de connaître.

— Mémoire : 
C'est le magasin des souvenirs et des impressions.

— Ego (le sens du "je") :
C'est la fonction d'identification qui dit "Je suis ceci" ou "C'est à moi". Il inclut aussi les cinq souffles vitaux et les facultés des organes d'action et de perception.

et de trois énergies constitutives primordiales :

 Sattva (dominant) :  Principe de clarté, équilibre, connaissance.

 Rajas (dominant) :  Principe de mouvement, activité, désir. 

 Tamas (secondaire) :  Principe d'inertie, obscurité, matérialité. 


* QUELLE EST SA FONCTION ?

C'est le moyen par lequel nous expérimentons toute joie et toute douleur. Alors que le corps physique est la maison où l'expérience a lieu, le corps subtil est l'équipement intérieur qui la ressent et la traite.


* QUAND AGIT-IL ?


Dans l'État de veille

Le Corps Subtil est un Interprète et un Outil : 

— Il fonctionne en tandem avec le corps grossier. Nos organes de perception subtils (appartenant au corps subtil) sortent par les portes de nos organes physiques (les yeux, les oreilles, etc.) pour percevoir le monde extérieur. C'est un travail d'équipe.

— Son rôle est secondaire en apparence. Notre attention en éveil est principalement captée par le monde objectif et physique. Nous nous sentons être notre corps physique interagissant avec des objets solides. L'activité mentale (pensées, émotions) semble être une réaction à ce monde extérieur.

— Il est masqué par le grossier. L'expérience sensorielle est si intense et cohérente que nous avons l'impression que la réalité est "là-dehors". Le corps subtil, bien qu'hyperactif, passe au second plan en tant que simple processeur d'informations.


Dans l'État de Rêve

Le Corps Subtil est le Créateur et la Scène Tout Entière

— Il fonctionne SEUL, sans le corps physique. C'est la révélation clé. Notre corps physique est couché, inerte, et nos sens sont coupés du monde extérieur. Pourtant, nous vivons une expérience complète : nous voyons, nous entendons, nous ressentons de la peur ou de la joie, nous interagissons avec « d’autres personnes ». 

— Son rôle est SOUVERAIN et évident. Ici, il n'y a aucun monde extérieur indépendant à traiter. Le corps subtil crée intégralement le monde du rêve à partir des impressions stockées en lui. Il est à la fois le scénariste, le décor, les acteurs et le spectateur.

— Il se dévoile comme un projecteur. Le rêve est une démonstration en direct : notre corps subtil est l'intermédiaire qui permet à Maya de projeter un univers entier d'expérience qui nous semble parfaitement réel sur le moment. Cela prouve que notre expérience de la réalité est, en essence, une projection mentale illuminée par la conscience.

  Le corps subtil, plus en détail



3. Le Corps Causal

C'est la cause, la graine des deux autres corps. C'est le niveau le plus subtil de notre individualité.

* DE QUOI EST-IL FAIT ?

Il est fait d'ignorance. Cette ignorance n'est pas un manque d'information, mais la méconnaissance de notre vraie nature. C'est aussi le dépôt de tous les résultats non manifestés de nos actions passées, le stock de notre karma.

* QUELLE EST SA FONCTION ?

Il est la cause de la renaissance. Comme une graine contient en potentiel un arbre, ce corps causal contient les tendances et les résultats karmiques qui déterminent la nature et la qualité de nos expériences futures, ainsi que le type du nouveau corps grossier et subtil que nous aurons.

* QUAND EST-IL DOMINANT ?

Il est expérimenté dans l'état de sommeil profond, où ni le monde physique ni les pensées subtiles ne sont présents, mais où nous demeurons, enveloppé dans une ignorance paisible.

   Le corps causal, plus en détail

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En résumé 


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SON FONCTIONNEMENT


Maintenant que nous avons vu notre véhicule selon ses trois niveaux, observons comment nous l'utilisons. Notre expérience quotidienne se divise en trois états distincts, chacun révélant la prédominance d'un de ces corps.

1. L'État d'Éveil

C'est l'état où nous sommes identifié à notre corps physique grossier et où nous percevons l'univers matériel à travers nos cinq sens.

Nous nous considérons comme étant celui qui vit la réalité. Nous disons : "Je suis un homme/une femme, j'ai tel âge, tel nom, tel travail."

Nous expérimentons le monde grossier et objectif, fait des cinq éléments (terre, eau, feu, air, éther). Ce monde semble solide, continu et partagé par les autres "personnes" .

Nous fonctionnons principalement à travers le corps grossier et ses organes des sens (yeux, oreilles, etc.) qui sont tournés vers l'extérieur. Notre mental (manas) et notre intellect (buddhi) sont pleinement actifs pour traiter ces perceptions .

La dualité y est reine. Nous vivons une séparation nette entre "moi" (le sujet) et "tout le reste" (l'objet : les gens, les objets, les situations). C'est le domaine de l'action, du plaisir, de la souffrance, et de tous les désirs nés de cette dualité .

Pourquoi ne sommes-nous pas intrinsèquement ce veilleur ? Parce que nous abandonnons complètement cette identité et ce monde chaque nuit, quand nous nous endormons. Si nous étions réellement et irrémédiablement ce corps à l’état de veille, nous ne pourrions jamais cesser de l'être. Le fait que nous le quittons prouve que ce n'est qu'un rôle temporaire.

 

2. L'État de Rêve

C'est l'état où nous sommes identifié à notre corps subtil – notre mental, intellect et ego – et où nous percevons un monde créé de toute part par notre propre esprit.

Nous nous considérons comme le "rêveur". Dans le rêve, nous avons un corps, une personnalité, et nous vivons une histoire.

Nous y expérimentons un monde subtil et subjectif, entièrement projeté par les impressions latentes et les souvenirs stockés dans notre mental subtil. Ce monde peut défier les lois de la physique (nous pouvons voler, parler à des êtres disparus).

Nos sens physiques, eux, sont au repos. Nous fonctionnons uniquement à travers le corps subtil (l'esprit). C'est l'esprit qui, tourné vers l'intérieur, devient à la fois le créateur, le projecteur et l'expérimentateur du monde onirique.

La dualité y semble tout aussi réelle que dans l'éveil. Dans le rêve, il y a un "moi" (le rêveur) et un "monde" (le rêve). Nous éprouvons de la joie, de la peur, du désir. Pourtant, à notre réveil, nous savons que tout cela n'était qu'une projection mentale, sans substance matérielle .

Cet état nous démontre de manière frappante que nous ne sommes pas le corps, ce n’est pas avec lui que le rêve est expérimenté. Dans le rêve, nous avons souvent un corps différent, nous sommes dans un monde différent, et cela nous semble parfaitement réel. Cela prouve que notre sens de l'identité ("je suis ce corps") est flexible et changeant. Cela prouve aussi que le mental a le pouvoir de créer une réalité qui semble vraie. Si le monde du rêve, si convaincant sur le moment, est reconnu comme irréel au réveil, cela invite à questionner la solidité du monde de l'éveil .

 

3. L'État de Sommeil Profond

C'est l'état où nous sommes identifié à notre corps causal – la gaine de félicité – et où toute dualité et toute expérience spécifique disparaissent.

Il n'y a plus de "moi" en tant qu'individu avec une histoire. Il n'y a qu'un sentiment d'unité indistincte, de paix et de repos.

Aucun monde n'est perçu. Le monde grossier de l'éveil et le monde subtil du rêve sont résolus (en potentiel) dans leur cause : l'ignorance qui réside dans le corps causal. C'est un état non-duel sur le plan de l'expérience. Pas de sujets, pas d'objets.

Le corps grossier y est inactif. Le corps subtil (le mental, l'intellect, l'ego) est mis en sommeil. Seul le corps causal – la gaine de félicité qui contient en germe toute notre individualité – est présent.

L'expérience est celle du bonheur, de la paix et de l'absence de tourment. Comment pouvons-nous le savoir ? Car au réveil, nous pouvons dire : "J'ai bien dormi." Cette déclaration est capitale. Qui est ce "Je" qui a fait l'expérience d'un sommeil paisible et qui se souvient n'avoir rien vu, senti, goûté de spécifique ? C'est la preuve que nous étions présent, conscient, même en l'absence totale d'objets à connaître. Nous étions conscient de l'absence.

Dans le sommeil profond, nos pensées, nos émotions, nos problèmes disparaissent, mais NOUS, nous ne disparaissons pas. Nous expérimentons un pur bonheur car  les agitations mentales sont absentes. Cela prouve que notre nature essentielle est paix et félicité, et que les perturbations viennent des couches superposées (le corps et l'esprit). Cela prouve aussi que nous sommes le témoin même de l'absence d'expérience.


Nous ne sommes ni l'un, ni l'autre 

Le sommeil est le vestibule : Nous ne passons jamais directement de l'éveil au rêve ou du rêve à l'éveil. Nous passons toujours par le sommeil profond, ne serait-ce qu'un instant. C'est la chambre d'échange où nous déposons une identité (le veilleur) et en prenons une autre (le rêveur).

Malgré ces trois états radicalement différents et mutuellement exclusifs (quand l'un est présent, les autres sont absents), il y a un fil de continuité indéniable : la conscience « Je ». Le matin, nous disons sans hésiter : « J'ai dormi », « j'ai rêvé », et maintenant « je suis éveillé ». Nous reconnaissons être la même entité à travers les trois états.

Cette reconnaissance n'est possible que parce que nous sommes, en vérité, le Témoin immuable – la pure Conscience qui illumine et permet l'expérience de l'éveil, du rêve et du sommeil profond, tout en n'étant aucun de ces trois états. Nous sommes comme l'écran sur lequel se succèdent trois films très différents (l'éveil, le rêve, le sommeil). Les films changent, mais l'écran demeure inchangé, présent et nécessaire pour qu'ils soient vus.

 

    Le Jiva est-il seulement l'être humain ?

 

 

 

 

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