LE JIVA EST-IL SEULEMENT L'ÊTRE HUMAIN ?

 

 

 LE JIVA EST-IL SEULEMENT L'ÊTRE HUMAIN ?

(source : IA Vedanta)

 

À présent que nous avons vu ce que nous étions (un JIVA), dans notre composition, notre structure et notre fonctionnement, la question est venue de nous demander : « Mais sommes-nous les seuls en tant qu'humains à être des Jivas » ?

Eh bien, non. Dans le Vedānta, il est considéré que : « sous l'effet de l'ignorance, toute identification de la Conscience infinie et non-duelle (Brahman) à un ensemble particulier de corps grossier, subtil et causal, est appelé un Jiva ». 

La clé est de comprendre que tout ce qui possède un corps subtil est un Jiva, expérimenté par la Conscience selon différents angles.

Toute créature, où qu'elle soit dans l'univers – extra-terrestre, céleste, infernale, végétale, animale – est un jīva.

Un jīva est Brahman (la Conscience) apparemment limité par un corps-esprit. Dès qu'il y a un corps (même subtil) et une individualité apparente, il y a un jīva .

Le jiva n’a pas le monopole terrestre. Les Écritures (śāstra) décrivent 14 mondes (lokas) habités par des êtres aux corps et durées de vie variés. Tous sont des jīvas en voyage karmique.

Le critère est la conscience individualisée : Ce qui définit le jīva, ce n'est pas la forme du corps (animal, humain, extra-terrestre…), mais l'identification de la conscience à cette forme et à ce mental. Un être doté d'un mental et d'un sens du « moi » est, par définition, un jīva.

La structure fondamentale est la même. Tout jīva, quel que soit son monde, possède un corps subtil (mental, intellect, ego) et un corps causal (ignorance/vasanas). C'est ce qui lui fait expérimenter les trois états (éveil, rêve, sommeil) et le soumet au cycle des renaissances (saṃsāra).

En un mot : un « extra-terrestre » est juste une forme corporelle différente. L'entité qui l'habite et s'y identifie est un jīva, tout comme nous.

La quête du jīva est universelle : passer de l'identification au corps-esprit à la reconnaissance de sa vraie nature qui est Brahman.

Pourquoi les animaux sont aussi des jivas

Ils ont un corps subtil : Tout animal possède un mental et des sens internes qui lui permettent de percevoir, de ressentir (plaisir/douleur), de désirer et d'avoir une mémoire instinctive. Ce mental est le reflet de la conscience qui définit tout jīva.

Ils ont un sens du « moi » : Ce sens est rudimentaire et instinctif, mais il est présent. Un animal fait comprendre, à sa façon : « c'est mon territoire », « c'est ma nourriture », « c'est mon petit ». Il agit pour sa survie et son bien-être. Cette identification à un corps et à ses besoins est la marque de l'ego à un niveau fondamental.

Ils sont dans le saṃsāra : Les animaux accumulent et expérimentent du karma (même basique) et sont soumis au cycle des renaissances. Leurs actions sont motivées par des tendances latentes (vāsanās) et des instincts, qui sont les constituants du corps subtil.

Ils expérimentent les 3 états : Un animal est éveillé, rêve (on peut voir un chien « courir » dans son sommeil), et entre en sommeil profond. Cette séquence prouve qu'il possède la structure complète du jīva (corps grossier, subtil et causal).

La différence avec l'humain n'est pas dans l'essence mais dans la capacité de l'instrument :

L'animal a un intellect (buddhi) très limité, dominé par l’inertie, l’instinct (tamas) et le désir basique (rajas). Il ne peut pas enquêter sur sa propre nature ou comprendre des concepts abstraits.

L'humain a un intellect doté d'une clarté (sattva) suffisante pour pratiquer la discrimination et réaliser « Je ne suis pas ce corps, je suis Brahman ».

Pourquoi les plantes sont des jivas 

Elles ont un corps subtil rudimentaire. Elles possèdent un mental extrêmement élémentaire, dominé presque entièrement par l’inertie (tamas) avec une touche de croissance et de mouvement végétal (rajas). Leur sens du « moi » est infime et indistinct, réduit à une pulsion de vie et de croissance . Elles n'ont pas d'organes des sens mobiles, mais une perception très subtile (comme le phototropisme).

Elles sont aussi dans le saṃsāra. Elles naissent, meurent et renaissent selon leur karma passé. Leur vie végétative est une expérience karmique très atténuée, une sorte de « période de latence » dans le cycle des renaissances, souvent décrite comme une étape de descente pour un jīva venant des mondes supérieurs avant une naissance humaine.

Elles expérimentent des états modifiés. On ne peut pas parler d'éveil, rêve et sommeil comme pour un animal. Leur expérience est un état de veille constant, très obtus et léthargique, proche d'un sommeil profond avec une activité vitale minimale. C'est la manifestation d'un tamas prédominant.

La différence cruciale : Contrairement à l'animal, la plante n'a presque pas d'intellect ni d'ego différencié. Elle ne peut ni fuir un danger de manière consciente, ni avoir de désirs complexes. Elle est le stade le plus bas de l'individualisation consciente avant le règne minéral (où seul le corps grossier existe, sans corps subtil individuel).

En un mot : La plante est un jīva « endormi », dont la conscience réfléchie est voilée au maximum par tamas. Elle est dans le saṃsāra, mais à un stade où la possibilité de libération est absente. Elle doit évoluer vers des formes de vie plus complexes (animal, puis humain) pour que la capacité de discrimination puisse émerger et mener à la libération.

Et les minéraux ?

Les minéraux (roches, métaux, eau inerte) ne sont pas des jīvas.

Un minéral est un agrégat de matière grossière seulement. Il n'a pas de corps subtil individuel (pas de mental, d'intellect, d'ego, de prāṇa personnel). Il n'y a donc aucune identification ni sens du « moi », même rudimentaire . C'est de la matière inerte.

Un minéral ne peut rien expérimenter pour son propre compte. Il ne ressent ni plaisir ni douleur. Il ne traverse pas les trois états (éveil, rêve, sommeil) car il n'a pas d'esprit pour les générer. Il est simplement un objet dans l'expérience d'un jīva.

Les minéraux font partie du corps d'Īśvara : ils sont des manifestations directes et inertes des cinq éléments grossiers. Ils constituent le corps cosmique grossier d'Īśvara. Ils sont substance primordiale pure, sans la présence d'un jīva individuel qui s'y identifie.

Pourquoi alors dire que les pierres et les cristaux ont de l'énergie et les utiliser dans certains soins énergétiques ou magnétiques ?

Parce qu'ils ont une énergie physique ou subtile objective, mais pas une conscience individuelle (jīva). Voici la distinction cruciale :

Énergie ≠ Conscience : Toute matière est un paquet d'énergie (selon la science et les Vedas). Les cristaux ont une structure atomique qui vibre, conduit l'électricité, ou interagit avec les champs magnétiques. C'est une énergie physique/objective (tamasique/rajasique), pas une conscience subjective (un « je » qui expérimente).

Ils sont des instruments, pas des agents : Une pierre peut canaliser, amplifier ou équilibrer des énergies cosmiques ou psychiques (prāṇa, guṇas), comme un fil de cuivre conduit l'électricité.
 

Différence essentielle entre les jivas 

Qui dit « jiva » ne dit pas « candidat » à la libération. 

Seul le jīva humain (ou un être doté d'un intellect équivalent) peut atteindre la libération).

Le Principe Fondamental : La Nécessité de l'Intellect Discriminatif (Viveka)

La libération n'est pas une « récompense » ou un « lieu » où l'on va. C'est la reconnaissance directe de notre vraie nature comme étant Brahman, l'Ātman non-duel. Cette reconnaissance exige un instrument précis : un intellect suffisamment purifié et aiguisé par la qualité sattva pour accomplir la discrimination entre le réel (satya, l'Ātman) et l'apparent (mithyā, le corps-esprit).

Qui peut et qui ne peut pas se libérer ?

Plante / Végétal : IMPOSSIBLE

Le corps subtil est dominé à l'extrême par l’inertie (tamas). L'intellect et l'ego sont presque inexistants. Aucune capacité de réflexion, d'enquête ou de compréhension des enseignements. C'est un jīva en état de « sommeil karmique ».

Animal : IMPOSSIBLE

Le corps subtil est dominé par le désir instinctif (rajas) et tamas. L'intellect existe, mais il est entièrement au service des instincts de survie, de reproduction, de peur. Il ne peut pas s'objectiver lui-même pour s'interroger sur sa nature. Il n'a pas le libre arbitre nécessaire pour la quête spirituelle. Il épuise son karma par l'expérience instinctive.

Être Céleste (d'un loka supérieur) : IMPOSSIBLE DANS CET ÉTAT

Leur intellect est dominé par sattva, mais sattva est « pollué » par un plaisir céleste immense et continu. Ils sont trop distraits par la jouissance pour développer le détachement et le désir de libération. Leur vie très longue est un piège karmique. Quand leur mérite s'épuise, ils redescendent généralement vers une naissance humaine où mokṣa devient possible.

Être d'un loka inférieur : IMPOSSIBLE DANS CET ÉTAT.

Dominés par rajas et tamas extrêmes (colère, avidité, peur), leur souffrance est si intense et leur mental si agité qu'aucune clarté (sattva) ne peut émerger pour l'enquête spirituelle. Ils doivent épuiser ce karma et renaître dans une condition plus équilibrée.

Être Humain : SEULEMENT POSSIBLE

C'est la condition unique et rare. Pourquoi :

1. Équilibre des Guṇas : L'humain a le potentiel d'augmenter sattva par la discipline, réduisant rajas et tamas.

2. Intellect Discriminatif  : Il peut se poser les questions : « Qui suis-je ? », « Qu'est-ce que la réalité   », « Quelle est la cause de la souffrance ? »

3. Libre Arbitre  : Il peut choisir de renoncer aux désirs sensuels et de poursuivre la connaissance.

4. Accès aux Moyens (Sādhanā) : Il peut pratiquer les quatre qualifications : discrimination, détachement, discipline du mental, et désir intense de libération. 

Être "Extra-terrestre" (Si intellectuel) : THÉORIQUEMENT POSSIBLE

Si, et seulement si, cet être possède un intellect capable de discrimination et un libre arbitre équivalents à ceux de l'humain. Les textes ne limitent pas la libération à la forme humaine terrestre, mais à la capacité intellectuelle et au détachement. Un être d'un autre loka avec ces qualités serait éligible. 

Pourquoi la condition humaine est-elle la « Porte" Unique » ?

La Souffrance mêlée de Joie : La vie humaine est un mélange de plaisir et de douleur. Cette insatisfaction fondamentale est l’aiguillon qui pousse à chercher une solution au-delà des objets mondains.

La Capacité de Comprendre les Écritures : L'humain peut comprendre un enseignement verbal et logique, nécessaire pour saisir des vérités non-évidentes comme « Tu es Cela ».

La Rencontre avec un Guru : Le karma humain permet de rencontrer un maître compétent et d'avoir la foi en son enseignement.

 

Le Processus pour le Jīva Humain :

Naissance humaine par la grâce du prārabdha karma.

Développement du détachement face aux limitations de la vie mondaine.

Recherche d'un Guru et étude prolongée des textes védantiques.

Assimilation par la réflexion et la contemplation.

Réalisation : La compréhension que « Je ne suis pas ce jīva-humain. Je suis Brahman, le substrat de toute apparence, y compris celle du jīva. »

Libération : Jīvanmukti (libéré vivant) puis Videhamukti (plus de renaissance) à la dissolution du corps.

Les autres jīvas (animaux, êtres célestes, etc.) ne sont pas « exclus » éternellement. Ils sont sur la grande roue du saṃsāra. Un animal évoluera éventuellement vers une naissance humaine après avoir épuisé ses karmas instinctifs. Un être céleste redescendra vers une naissance humaine après avoir épuisé son mérite. La naissance humaine est donc le carrefour décisif dans le long voyage du jīva : le seul point où il peut mettre fin au voyage lui-même en réalisant qu'il n'a jamais été un voyageur.

Mokṣa est accessible uniquement au jīva doté d'un intellect capable de discrimination et d'un détachement suffisant pour l'utiliser. Dans la création manifestée, seule la forme humaine (ou son équivalent strict en termes de capacités mentales) remplit ces conditions.

 

 

 

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Cet espace est pour vous... si vous en avez envie