La dernière enquête - Chapitre I

 

I – DÉPOSITION

Le réel ne peut s’exprimer que par l’absurde
« Paul Valéry »

 Sans doute, tout commence-t-il un jour par là…

 

— Donc, je récapitule. Vous souhaitez faire une déposition au sujet d’une disparition mais vous ne savez pas qui a disparu. Cette disparition est survenue vous ne savez quand exactement et, si j’entends bien ce que vous dites, vous n’êtes pas sûr, au final, qu’il y ait vraiment disparition.
 C’est ça, monsieur le commissaire. Avouez que c’est tout de même étrange.
 Je ne vous le fais pas dire.
 Alors ?
 Alors quoi ?
 Que comptez-vous faire ?
 Hum… laissez-moi réfléchir. Je dirais : pas grand-chose.
 Comment ça !? Mais il FAUT faire quelque chose !
 Ah oui ? Quoi ? Rechercher qui ? Rechercher quoi ? Avouez que votre discours est plutôt confus.
 Mais non, c’est très clair, au contraire !
 Pour vous, peut-être. Mais pour nous autres, policiers que nous sommes, il faut un peu plus d’éléments pour envisager d’ouvrir une enquête. Ne serait-ce déjà que le nom de la personne disparue.
 Oui, c’est vrai, vous avez raison, où ai-je la tête ? Malheureusement, comme je vous l’ai dit, je ne peux pas vous aider sur ce point.
 Attendez. Il me vient tout à coup une idée… A tout hasard, cette personne ne se prénommerait-elle pas Robert ?
 Robert… Robert… oui… oui… maintenant que vous le dites… ça sonne plutôt pas mal… Vous n’auriez pas autre chose ?
 Perrichon ?
 Vous dites !?
 Perrichon. Robert Perrichon ?
 Mais… oui !!! C’est ça !!! C’est tout à fait ça ! Ça me revient tout à coup ! Vous étiez donc au courant ?
 Pas du tout.
 Mais… vous venez de…
 Une intuition probablement. Cette personne porterait donc votre nom et votre prénom…
 Comment ça ?
 Eh bien oui, selon vos dires, nous devrions rechercher un certain Perrichon, Robert de son prénom, et je vois là sur votre pièce d’identité que ce sont aussi les vôtres.
 Ah !
 Comme vous dites. Vous ne seriez pas en train de vous payer ma tête ? Une caméra cachée peut-être ?
 Mais enfin non, monsieur le commissaire ! Comment pouvez-vous penser une chose pareille !
 Une autre intuition sans doute.
 …
 Bon… je veux bien être conciliant. Je vois que vous avez l’air… un peu perdu et dans la police, on sait être proche du citoyen. En tout cas, c’est un point d’honneur sur lequel je ne tergiverse pas. Pourriez-vous étayer votre déclaration ? Pourquoi cette personne aurait-elle disparu ?
 C’est une bonne question.
 C’est pourquoi je la pose.
 A qui ?
 A vous.
 Ah oui ! Excusez-moi monsieur le commissaire, c’est vraiment bête cette histoire de tête. Enfin, tout ça n’est peut-être qu’une impression depuis… depuis…
 Oui ?
 Monsieur le commissaire… n’avez-vous pas la sensation bizarre…
 Je vous écoute.
 Très bizarre, même…
 Allez-y, je suis tout ouïe.
 … d’interpréter un rôle.
— Un rôle ?
 Mais oui, enfin, regardez ! Tout ce décor vous semble-t-il vraiment réel ? Remarquez, c’est rudement bien fait, et ce nombre impressionnant de détails ! Ce trombone, par exemple, placé là comme à l’improviste, alors qu’il est évidemment ici pour une bonne raison. Voyons… c’est peut-être même un indice…
 Un trombone ?
 Eh bien oui, vous ne trouvez pas qu’il y a là comme une sorte d’astuce ?
 Une astuce ? Quelle astuce ?
 Ah ! Monsieur le commissaire ! Vous ne prêtez pas assez attention aux détails. C’est ce qui fait tout le charme du film.
 Mais enfin, de quel film parlez-vous !?
 De celui-ci, monsieur le commissaire, de celui-ci. Avouez que c’est tout de même une histoire fabuleuse !
 Je ne comprends rien à vos propos.
 Quel dommage…
 Si vous le dites. Ecoutez… je ne pense pas que nous soyons les plus aptes pour répondre à votre… recherche. Il existe certainement des personnes plus qualifiées qui pourront sans doute vous aider. En tout cas, beaucoup mieux que nous ne saurions le faire.
 Vous croyez ?
 J’en suis certain. Je vous suggère de rentrer chez vous et de vous reposer un peu. Si jamais, cette… recherche est toujours d’actualité, pourquoi ne pas en parler à votre médecin ? Sans doute êtes-vous tout simplement fatigué, épuisé ? Vous ne seriez pas le premier, vous savez…
 Vous avez peut-être raison… Je crois que je vais suivre votre conseil.
 Et moi, je vais garder vos coordonnées. On ne sait jamais.
 Je vous remercie infiniment.

 

>> suite

 

 

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