
YUGAS & ÉVEIL COLLECTIF
LES YUGAS
Dans la vision du monde des textes védiques, le temps n’est pas linéaire mais cyclique. Il se déploie en une succession d’ères appelées « yugas », qui décrivent le déclin progressif de la vertu, de la durée de vie humaine et de la clarté spirituelle.
Actuellement, nous
vivons dans le kali‑yuga, la quatrième et dernière ère d’un cycle appelé mahā‑yuga
(ou catur‑yuga).
Définition de l’année humaine
Avant de parler des durées, il faut préciser ce qu’est une année humaine. D’après les textes, il s’agit du temps que met la Terre à revenir au même point de son orbite autour du Soleil – plus exactement au point vernal (équinoxe de printemps). Cette durée, que nous mesurons aujourd’hui à 365,2421756 jours, était déjà connue avec une grande précision par les anciens.
L’année humaine sert d’unité de base pour tous les
calculs cosmiques. Quand on dit qu’un yuga dure tant d’années, il s’agit
toujours d’années humaines, c’est‑à‑dire de cycles solaires ordinaires.
Les quatre yugas
Les quatre yugas forment un mahā‑yuga d’une durée totale de 4 320 000 années humaines. Ils se succèdent dans un ordre de déclin progressif :
* Satya‑yuga : 1 728 000 années humaines.
* Tretā‑yuga : 1 296 000 années humaines.
* Dvāpara‑yuga : 864 000 années humaines.
* Kali‑yuga : 432 000 années humaines.
Ces durées sont fixes et transmises par les écritures.
Le kali‑yuga, dans lequel nous nous trouvons, a commencé autour de 3100 avant notre ère. Il nous reste donc environ 426 874 années humaines avant qu’il ne s’achève et qu’un nouveau cycle ne commence.
L'ÉVEIL COLLECTIF
Dans certains milieux spirituels contemporains, on entend souvent que nous serions à l’aube d’un grand basculement, d’un nouvel âge d’or, imminent, qu'il y aurait une accélération d'un éveil collectif. Ces discours ne reposent sur aucun texte traditionnel. Les écritures placent la fin du kali‑yuga dans des centaines de milliers d’années, pas dans les prochaines décennies.
Ce décalage vient souvent d’une lecture métaphorique ou d’une méprise sur les durées réelles.
L’éveil collectif est une illusion amplifiée par les médias.
L'éveil est toujours individuel.
Ce qui s’accélère, c’est la communication, pas l’éveil. Avant, un enseignant ne parlait qu’à quelques disciples ; aujourd’hui, ses paroles peuvent être vues par des centaines de milliers de personnes en une seule journée.
Grâce à internet, aux réseaux sociaux, aux plateformes de vidéo, l’enseignement non-duel (Advaita, Dzogchen, etc.) est accessible en quelques clics à des millions de personnes qui, il y a cent ans, n’y auraient jamais eu accès. Un enseignant peut aujourd’hui toucher en une semaine plus de gens que Shankara n’en a touché en toute une vie. Cela donne l’impression qu’il se passe « quelque chose de collectif ». Mais la transmission réelle – la destruction de l’ignorance dans un mental donné – ne s’est pas accélérée du tout.
Entendre la même parole ne garantit pas l’éveil. Sinon, tous les auditeurs du Bouddha ou de Jésus auraient été libérés. La vitesse apparente est donc un effet de surface, pas un changement ontologique.
Entendre n’est pas réaliser. Beaucoup confondent l’information intellectuelle (« je sais que je suis conscience ») avec la transformation existentielle (« je suis libre du sentiment de séparation »). Cette confusion engendre une illusion de vague d’éveil.
🌘↪ Question « exploration »
Dans les précédentes explications, il a été vu que le kali‑yuga dure encore des centaines de milliers d’années, et que l’idée d’un « éveil collectif » est une illusion due à l’accélération de la communication.
Cependant, une question légitime demeure :
― Le fait que les moyens de communication actuels
permettent la diffusion en masse du message de la réalisation du Soi ne permet‑il
pas de toucher davantage de personnes qui, sans cela, seraient encore
considérées comme « folles », voire enfermées, ou qui ne se remettraient pas en
question, pensant qu’elles ont un simple « problème psychologique » ? Cette
information « en masse » ne permet‑elle pas de « réveiller » encore plus les consciences,
et ainsi de favoriser une ouverture jusqu’à la réalisation définitive ? ―
Avant l’ère numérique, une personne qui ressentait un profond malaise existentiel, un sentiment d’irréalité, ou une quête de sens hors des cadres religieux établis, était souvent mal comprise. Les textes le reconnaissent.
Aujourd’hui, cette même personne peut taper « qui suis‑je ? » ou « non‑dualité » sur Internet et trouver immédiatement des milliers de témoignages, de textes, de vidéos. Elle découvre que son questionnement n’est pas une folie, mais une quête légitime, partagée par d’autres. Ce simple fait – ne plus être seul avec ses questions – est un énorme bienfait. Il normalise la recherche spirituelle et évite à beaucoup de se croire mentalement dérangés.
Cependant, l’information de masse peut déclencher la recherche, mais ne produit pas la réalisation
Les textes sont très clairs : la libération est le fruit d’un travail intérieur rigoureux, et non d’une simple exposition à des mots, aussi nombreux soient‑ils.
Autrement dit, entendre le message peut éveiller un intérêt, mais cet intérêt doit être suivi d’une étude systématique, d’une réflexion personnelle et d’une méditation profonde pour devenir une connaissance vivante.
Les médias peuvent donc servir de porte d’entrée, mais ils ne remplacent ni le guru traditionnel, ni la sādhana personnelle.
Un problème majeur de cette diffusion massive est souligné par les textes :
« Beaucoup confondent une compréhension intellectuelle claire – ou même une expérience mystique intense – avec la libération définitive. Le fait que leur discours ressemble à celui des sages ne prouve pas qu’ils soient libres. »
Sur les réseaux sociaux, il est aisé de répéter les phrases des maîtres, de dire « je suis conscience », et pourtant de rester intérieurement identifié à ses peurs et à ses désirs. L’information en masse peut donc créer une illusion d’éveil – on parle comme un sage, mais on ne vit pas comme un sage. La véritable transformation se mesure à la capacité à rester libre dans les situations difficiles, pas à la qualité de ses publications.
Il est vrai que le nombre de personnes touchées par le message non‑duel n’a jamais été aussi élevé. Mais cela reflète avant tout l’augmentation de la diffusion, non une augmentation de la qualité de la compréhension.
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