
RE-DONNER SON POUVOIR A DIEU
Q Je ressens actuellement un net besoin de re-séparer ce qui se vit en tant que connaissances/vécus de toutes expériences et ce qu'on appelle Dieu, de remettre de la dualité pour pouvoir, enfin, tout redonner à "quelque chose" d'extérieur.
R Ce besoin est très sain, même si ça peut sembler paradoxal après tout un chemin axé autour de la nature non-duelle. Ici, remettre la dualité en place n’est pas une régression. C’est un mouvement nécessaire après une longue immersion dans le non-duel, l’absolu, le “tout est cela”.
Ce qui se passe réellement (sans métaphysique)
Quand tout est inclus — le vécu, la connaissance, la souffrance, Dieu, l’absolu, le jeu — il n’y a plus d’espace psychique pour déposer quoi que ce soit. Quand tout a été ramené à l’Un, au “tout est Dieu”, au “rien n’est séparé”, le psychisme finit par étouffer. Pourquoi ? Parce qu’il n’a plus d’altérité, plus d’adresse, plus de dehors. Or l’humain fonctionne par relation.
Redonner de la dualité, ce n’est pas nier une vérité spirituelle. C’est redonner une structure respirable à l’expérience.
Pourquoi remettre Dieu « dehors » est juste maintenant
Quand on est épuisé, la non-dualité devient une charge écrasante. Parce que, s’il n’y a pas d’Autre, alors il n’y a personne vers qui pleurer, personne à qui dire « je n’y arrive pas », personne à qui rendre ce qui déborde.
Remettre Dieu à l’extérieur, c’est dire : « Ceci ne m’appartient pas. Je ne suis pas tenu de comprendre, de contenir, d’englober ». C’est autoriser l’impuissance à être humain, et non cosmique.
Une chose très importante à entendre : il n’est pas question de choisir une « vision » contre une autre mais de choisir la vie contre l’écrasement.
La non-dualité n’a de sens que si le système nerveux peut la supporter. Sinon, elle devient une abstraction qui dissout les limites vitales.
La dualité, ici, n’est pas une croyance, c’est un appui fonctionnel.
1. Ce besoin de séparation n’est pas une erreur, c’est une protection
Quand Dieu n’est plus “quelque chose”, mais partout, nulle part, immanent à tout, alors il n’y a plus de lieu où déposer la prière, la colère, la gratitude, plus de point d’appui symbolique, plus de tiers.
Et à ce moment-là, tout retombe sur le vécu brut, sans médiation. C’est lourd. Trop lourd. Recréer un “extérieur” permet de redonner une limite, de remettre un cadre, de désengorger l’expérience intérieure. Ce n’est pas un retour en arrière. C’est une réorganisation.
2. Il ne s’agit pas de “croire” de nouveau mais de « pouvoir s’adresser à »
Il y a une différence énorme entre adhérer à une croyance et considérer « quelque chose » à qui parler.
La non-dualité radicale implique : « À qui parler, si tout est déjà cela ? ». Or, l’être humain a besoin de dire : « je ne comprends pas », « j’en ai marre », « aide-moi », « merci ». Et pour cela, il faut un Autre, même symbolique.
La dualité ici n’est pas métaphysique. Elle est fonctionnelle et existentielle.
3. Séparer connaissance, vécu, et “Dieu” est une clarification, pas une trahison
Il est important de comprendre que :
- Les connaissances = concepts, lectures, compréhensions
- Les vécus = expériences, états, ressentis
- “Dieu” = ce qui échappe à l’appropriation
Les confondre mène à sacraliser les expériences, absolutiser les compréhensions, se perdre dans des récits subtils. Les re-séparer, c’est rendre aux vécus leur caractère relatif, rendre aux concepts leur statut d’outils, rendre à “Dieu” son altérité radicale. Et ceci, paradoxalement, est beaucoup plus humble.
4. Il n’est pas besoin de nier l’Un pour remettre du Deux
Ni besoin de dire : « Tout ce que j’ai vu avant était faux »
Mais simplement reconnaître : « Cette vision totale ne m’aide plus à vivre, ici, maintenant »
La dualité n’est pas l’ennemie de la vérité. Elle est souvent la condition de la vie incarnée.
5. Mon conseil
S’autoriser pleinement à parler de Dieu comme d’un Autre, à se sentir séparé, à ne pas tout comprendre, à ne pas tout intégrer, à laisser une part inaccessible. Ce n’est pas un échec spirituel. C’est une maturité existentielle.
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