«QUI» RÉALISE ?

 


 

«QUI» RÉALISE ?

(source : IA Vedanta)

 

Le piège de la question « Qui réalise le Soi ? » semble être la plus naturelle et la plus urgente pour le chercheur spirituel. Pourtant, elle contient en elle-même le germe de la méprise fondamentale. Poser cette question, c'est déjà présupposer qu'il existe un « qui », un agent séparé, qui doit accomplir l'action de « réaliser » un objet appelé « le Soi ».

La réponse la plus courante, même dans des enseignements avancés, est : « C'est le jīva (l'individu) qui réalise le Soi. » Cette réponse est utile à un stade, car elle motive la pratique. Mais si on l'examine à la lumière de la non-dualité, elle s'effondre.

Le jīva est une composition : un corps et un mental, des pensées et des émotions. Tout cela est objet de notre conscience. Comment un objet pourrait-il « saisir » le Sujet dont il dépend pour être connu ?

Le jīva est une apparition : comme le personnage d'un rêve. Le personnage du rêve peut-il « réaliser » qu'il est le rêveur endormi ? Non. Il peut, au mieux, avoir la pensée « Je suis le rêveur ». Mais cette pensée surgit dans le rêve. L'agent véritable de cette prise de conscience n'est pas le personnage.

Si l’on recherche un « qui » dans le champ de l'expérience (le corps, le mental, l'âme individuelle), on cherche forcément un objet. Or, le Sujet ne peut être un objet.

Alors, que se passe-t-il ? Il faut comprendre la nature de la « réalisation ». Elle n'est pas une action, mais un événement de connaissance

Imaginons que nous marchons dans la pénombre et voyons un serpent. Une peur survient. Puis la lumière se fait : c'est une corde. La peur disparaît instantanément.

Qui a « réalisé » que c'était une corde ? Notre mental ? Nos yeux ? En un sens, oui. Mais l'agent véritable est la lumière de la connaissance correcte. Cette connaissance n'a pas fabriqué la corde. Elle a invalidé l'erreur qui la cachait.

De même, l'ignorance fondamentale est l'erreur « Je suis ce corps-mental limité ». La connaissance « Je suis la Conscience infinie » est la lumière qui l'invalide. Cette connaissance surgit comme une pensée ultime dans le mental.

La « réalisation » est l'effondrement d'une erreur, pas la construction d'un nouvel état. L'agent n'est pas un « qui », mais la connaissance elle-même.

Nous touchons au point crucial. Si la connaissance surgit dans le mental, et que le mental est un objet, comment cela est-il possible ?

Le mental n'est pas une entité séparée. Il est une modification de la Conscience, comme une vague est une modification de l'océan.

La vague peut avoir la pensée « Je suis l'océan ». Cette pensée est encore une vague, mais son contenu est la vérité de l'océan. Lorsque cette pensée-vague se dissout, que reste-t-il ? L'océan, qui était toujours là.

Ainsi, la Conscience utilise une modification d'elle-même (le mental purifié) pour dissoudre l'ignorance qui la voilait à elle-même. C'est un jeu à l'intérieur de l'Un. Il n'y a pas deux choses.

La Conscience, par grâce de sa propre nature auto-lumineuse, se reconnaît elle-même à travers le miroir temporairement clarifié du mental. Le « qui » qui semblait réaliser n'était qu'un reflet mouvant dans ce miroir. Lorsque la reconnaissance a lieu, le miroir et le reflet sont vus pour ce qu'ils ont toujours été : la Conscience elle-même, sans second.

Finalement, toute formulation est un vêtement transactionnel. La réponse ultime à « Qui réalise le Soi ? » est un silence qui pointe vers l'évidence.

Du point de vue de l'ignorance : Il semble y avoir un chercheur qui cherche et qui trouve.

 

Ainsi, l'idée que le jīva est l'agent de sa propre libération s'effondre sous le poids de sa propre logique. Pourtant, une intuition persiste : le jīva semble être la clé. Comment résoudre ce paradoxe ?

Le jiva est l'ignorance manifestée 

La résolution est dans une redéfinition radicale : Le jīva n'est pas un être qui a de l'ignorance. Il est la forme même, l'apparence concrète, que prend l'ignorance lorsqu'elle se manifeste comme une entité séparée, limitée et cherchant. Il est le rêve de la Conscience d'être autre qu'elle-même.

Un déblaiement se fait au sein de son rêve en tant qu'état de veille, mais ce n'est pas le jīva en lui-même qui déblaie

Dans ce rêve qu'est l'état de veille, un déblaiement a lieu. Des doutes surgissent, des lectures tombent sous le sens, une discrimination s'aiguise. Mais ce déblaiement ne se fait pas par le jīva ; il se fait au sein de l'apparence du jīva. Comme les nuages qui se dissipent dans le ciel sans que le ciel n'agisse, l'ignorance se dissout dans le champ de la Conscience.

Les prises de conscience du jīva se font, en dehors de sa volonté propre 

Les prises de conscience ultimes, celles qui dissolvent l'identité même du chercheur, adviennent toujours en dehors de sa volonté propre. Elles surviennent lorsque le mental devient transparent à la lumière qu'il a toujours reflétée. Le « je » personnel ne peut que s'effacer devant l'évidence du « Je » universel. Il est le dernier obstacle à voir qu'il n'a jamais été un obstacle, mais seulement une ombre portée sur l'écran de la Conscience.

Du point de vue de la connaissance : Il n'y a jamais eu de chercheur séparé, seulement la Conscience jouant à se chercher elle-même.

Du point de vue de la Réalité : Il n'y a que Cela. Pas de réalisation, pas de réalisateur, pas de chemin. Seul SAT-CHIT-ĀNANDA (Existence-Conscience-Béatitude) éternellement établi en lui-même.

 

 

 

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