V – COMPLICATIONS
— Elle n’est pas belle la vie ?
— Ici, oui sans aucun doute.
— J’ai l’impression, commissaire, que cela fait longtemps que vous n’avez pas pris de vacances. Je me trompe ?
— Non, c’est vrai. Vous savez, ce n’est pas facile de quitter un travail
dans lequel jour et nuit il se passe quelque chose. Ce n’est pas le
genre de boulot qu’on peut laisser derrière la porte en rentrant chez
soi pour le reprendre au petit matin.
— Ça fait longtemps que vous faites ça ?
— Je crois bien que je l’ai fait toute ma vie.
— Comment ça ?
— Tout petit déjà, j’avais une propension à me mêler des choses qui n’allaient pas.
— Mais là, depuis que vous êtes arrivé, vous pensez encore à vos affaires ?
— Un peu moins, je l’avoue. Il faut dire que ce cadre porte à un certain
relâchement. Les champs à perte de vue, les criquets, les oiseaux dans
les arbres, et le petit ruisseau qu’on entend au loin… tout est si
apaisant. Cela doit avoir le même effet sur vous, j’imagine ?
— Oh
moi… là ou ailleurs… Mais j’avoue tout de même que j’aime cette nature
riche en couleurs, et puis bricoler dans cette maison n’est pas
désagréable ma foi. J’y ai pris goût.
— En tout cas, je vois que vous allez bien.
— Bien ?
— Oui, enfin mieux que lors de votre toute première visite dans nos
bureaux, vous vous en souvenez ? Vous sembliez tellement… désorienté.
Mais cela vous dérange peut-être si je parle de ça ? Baptiste hausse une
épaule : Mon habitude de poser des questions…
— Non, non, cela ne me dérange pas.
— Savez-vous que vous m’intriguez ?
— Ah bon ?
— En réalité, je ne sais pas pourquoi je suis là. Ce n’est pas dans mes
habitudes de me lier avec quelqu’un… que je connais peu finalement. Mais
vous semblez d’une telle sérénité. Je sens qu’en vous, il y a quelque chose d’autre. Je ne sais pas ce que c’est et ne me demandez pas d’où me vient cette idée.
— Mais êtes-vous sûr qu’il s’agisse d’une idée, commissaire ?
— Je vous en prie, plus de commissaire entre nous !
— Excusez-moi, ça me vient ainsi, je vais essayer mais je ne vous promets rien.
Robert s’interrompt un instant, puis une lueur curieuse dans le regard, reprend :
— Je veux bien tenter de répondre à
vos questions, même si vous n’en avez pas vraiment… mais il faudrait
mettre de côté votre logique et votre rationalité. Vous en sentez-vous
capable ?
— Ne vous inquiétez pas pour moi.
— Je ne m’inquiète
pas. C’est simplement que nous risquons d’entrer dans une conversation
des plus… surprenantes, en tout cas pour vous, je suppose.
— Bah, avec tout ce que j’ai vu jusqu’à présent !
— Oui, enfin là, ce n’est pas du tout le genre d’affaires que vous
traitez habituellement. C’est la raison pour laquelle je vous parlais de
ne pas entendre… avec votre raison.
— Laissez-moi donc juge.
— Dans ce cas….
Robert Perrichon se penche alors vers Baptiste.
— Et si je vous disais, commissaire… que vous n’existez pas.
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